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jeudi 27 décembre 2012

Sur la blancheur de Québec !





Il a fait tempête toute la journée, la cambrousse au nord de Québec ingurgite à pleine bouche des pelletées de petits diamants. Ses banquises se font belles, rondouillardes pour le temps des fêtes. Gracieuses et dodus comme des baleines blanches elles dessinent d'imposants icebergs sur le bord des autoroutes, exposant leurs parures glacées aux spectateurs par une étonnante exhibition que font jaillir les rayons de la lune. 

Ici c'est comme si la neige n'avait jamais cessé de tomber depuis des années. Blanc et doux, ces flocons s'empilent telles des fourrures de lapin sur des couches cristallines qui crépit au son du vent. C'est le moment propice pour une de ces interminables randonnées d'arrière-court en raquettes. Tu peux marcher tant que tu veux, me piaillent les oiseaux, tu n’arriveras jamais à la fin de cette piste! Je ne parle pas moineau, ni pic-mineur, ni chouette, ni aucun dialecte de toute la faune qui se trouve caché entre ces arbres. Ici c'est moi l’imposteur. Pirate des neiges, je viens voler du silence à ce panorama laiteux pour remplir mon intérieur d'une pause, d'un mutisme tellement long que ça fait peur. C'est si calme, aucun son, aucun bruit, on a simplement envie de décrocher. De toute façon, impossible de faire le contraire. On voit les étoiles. Pas des petits bouts lumineux entre les halos des luminaires de Montréal, de vraies étoiles, tellement grosses qu'on a l'impression qu'elles vont te sauter au visage comme des météorites.

Je suis au plus beau "spot du monde" proche du 47e parallèle. Où allez-vous? m'a demandé le chauffeur d'Allo Stop. Vous imaginez sa tête si j'avais répondu: au paradis? Je le vois déjà, il m'aurait suivie.. Pas question, des coins comme ça, on les garde pour soi. 

Le plus beau spot du monde est refermé sur lui-même; cerné qu'il est de tous les côtés par la forêt, il n'ouvre sur rien. Mon spot est un concentré de beauté dans le creux d'un coin caché où l'homme n'a pas encore eu la fâcheuse idée de venir y mettre la hache pour y faire pousser un postiche de village composé de boutiques et de bébelles artificielles. Ici pas besoin de mots, simplement, le décor suffit, ça vaut tout les effets des films de Spielberg, tous les voyages du monde...




(J'avais écris ce post il y a maintenant 3 ans, avec la tempête qui tombe sur Québec aujourd'hui, je me suis dit que c'est une belle occasion de le sortir de son tiroir).