Il a fait
tempête toute la journée, la cambrousse au nord de Québec ingurgite à pleine
bouche des pelletées de petits diamants. Ses banquises se font belles,
rondouillardes pour le temps des fêtes. Gracieuses et dodus comme des baleines
blanches elles dessinent d'imposants icebergs sur le bord des autoroutes,
exposant leurs parures glacées aux spectateurs par une
étonnante exhibition que font jaillir les rayons de la lune.
Ici c'est
comme si la neige n'avait jamais cessé de tomber depuis des années. Blanc et
doux, ces flocons s'empilent telles des fourrures de lapin sur des
couches cristallines qui crépit au son du vent. C'est le moment
propice pour une de ces interminables randonnées d'arrière-court en raquettes.
Tu peux marcher tant que tu veux, me piaillent les oiseaux, tu n’arriveras
jamais à la fin de cette piste! Je ne parle pas moineau, ni pic-mineur, ni
chouette, ni aucun dialecte de toute la faune qui se trouve caché entre ces
arbres. Ici c'est moi l’imposteur. Pirate des neiges, je viens voler
du silence à ce panorama laiteux pour remplir mon intérieur d'une pause, d'un
mutisme tellement long que ça fait peur. C'est si calme, aucun son, aucun
bruit, on a simplement envie de décrocher. De toute façon, impossible de faire
le contraire. On voit les étoiles. Pas des petits bouts lumineux entre les
halos des luminaires de Montréal, de vraies
étoiles, tellement grosses qu'on a l'impression qu'elles vont te
sauter au visage comme des météorites.
Je suis au plus beau "spot
du monde" proche du 47e parallèle. Où allez-vous? m'a demandé le chauffeur
d'Allo Stop. Vous imaginez sa tête si j'avais répondu: au paradis? Je le
vois déjà, il m'aurait suivie.. Pas question, des coins comme ça, on les garde
pour soi.
Le plus beau spot du
monde est refermé sur lui-même; cerné qu'il est de tous les côtés par
la forêt, il n'ouvre sur rien. Mon spot est un concentré de beauté dans le
creux d'un coin caché où l'homme n'a pas encore eu la fâcheuse idée de venir y
mettre la hache pour y faire pousser un postiche de village composé
de boutiques et de bébelles artificielles. Ici pas besoin de
mots, simplement, le décor suffit, ça vaut tout les effets des films de
Spielberg, tous les voyages du monde...
(J'avais écris ce post il y a maintenant 3 ans, avec la
tempête qui tombe sur Québec aujourd'hui, je me suis dit que c'est une belle
occasion de le sortir de son tiroir).




























